15.
Intrusion

 

4 septembre 1998

 

Hier soir, oncle Beck m’a frappé. Aujourd’hui, j’ai un œil au beurre noir et la lèvre fendue. L’effet est très impressionnant. Je vais dire aux gens que j’ai voulu défendre le peu qu’il reste de l’honneur d’Athar.

Il y a deux ans, après mon initiation, oncle Beck m’a révélé la raison de la disparition de mes parents : alors qu’elle cherchait à lire dans le futur, ma mère avait vu la vague noire déferler et cette simple vision avait failli la tuer. Puis, juste après leur départ précipité, leur coven s’est fait anéantir. Ces sorciers et sorcières étaient comme des oncles et des tantes pour moi. Morts. Ils étaient tous morts. Linden, Alwyn et moi sommes venus vivre avec oncle Beck et tante Shelagh, leurs deux filles, Athar et Siobhan, et Maris, leur fils.

Depuis ce jour-là, j’essaie d’en savoir plus sur cette vague, sur la force maléfique qui a dévasté le coven de mes parents et les a condamnés à la fuite. Je sais que c’est lié aux Woodbane. Papa est – ou plutôt était – l’un des leurs. Lors de mon dernier voyage à Londres, j’ai écrémé toutes les libraires occultes, je me suis rendu au Cercle de Morath, où l’on peut consulter plein d’écrits anciens. Pendant deux ans, j’ai fait des recherches, j’ai dévoré tous les livres sur la question. Et hier soir, enfin, Linden et moi étions sur le point d’invoquer le côté obscur pour obtenir des informations. Depuis son initiation le mois dernier, Linden n’arrêtait pas de me harceler pour que je le laisse m’assister. Je n’ai pas pu refuser, après tout, ce sont aussi ses parents. Peut-être que dans deux ans, quand elle sera initiée, Alwyn voudra elle aussi nous aider. On verra bien.

Quand oncle Beck nous a découverts dans les marais hier soir, nous avions à peine commencé le rituel. Il a surgi tel un colosse terrifiant et, fou de rage, il a brisé nos cercles et fauché nos bougies. Puis il m’a arraché l’athamé des mains avant de m’attraper par le col. J’ai beau avoir seize ans et être presque aussi grand que lui, il m’a soulevé et secoué comme on réprimande un chien désobéissant.

« Alors, comme ça, on convoque les ténèbres ? a-t-il grogné alors que Linden se relevait. Sale petit con ! Voilà huit ans que je m’occupe de toi et que je t’instruis, et tu ne trouves rien de mieux à faire que d’invoquer le côté obscur et d’entraîner ton frère dans ta folie ? » Il m’a frappé de toutes ses forces et je suis tombé au sol comme une marionnette dont on aurait tranché les fils. Ses poings sont aussi gros que des jambons, en plus durs.

Ensuite, au cours d’une conversation à bâtons rompus, j’ai pu lui expliquer mes intentions et, au bout du compte, il a fini par comprendre. Et moi j’ai compris qu’il préférerait me tuer plutôt que de me laisser faire. Et que, si j’y mêlais encore Linden, je devrais trouver un autre toit. Je sais que, même si nous nous disputons souvent, c’est un homme bon, mon oncle, et un puissant sorcier. Il souhaite autant que moi venger le mal qui a été fait – c’est le frère de ma mère. À la différence que, moi, j’étais prêt à franchir la limite.

 

Gìomanach

 

 

* * *

 

 

— Allô ? ai-je dit en décrochant, légèrement troublée.

Pour une fois, je n’avais pas réussi à deviner qui appelait.

Silence.

— Allô ? ai-je répété.

Clic. On avait raccroché.

Bien sûr, il pouvait arriver à n’importe qui de se tromper de numéro. Mais cet appel m’a perturbée : je devais encore être sous le choc de mon accident et des visions. Des souvenirs de films d’horreur ont défilé dans ma tête : Scream, Halloween, L’Exorciste, Le Projet Blair Witch. J’étais persuadée qu’on m’avait appelée afin de vérifier que j’étais bien chez moi. Ce qui était le cas. Et en plus j’étais seule.

Lorsque j’ai composé le code pour obtenir le numéro du correspondant, une voix de femme m’a appris qu’il était protégé par le secret d’appel.

J’ai raccroché brutalement.

Puis j’ai fait le tour de la maison à toute vitesse pour fermer les portes et les fenêtres. C’était peut-être stupide de ma part, mais je préférais être stupide et en vie qu’intelligente et morte. J’ai allumé toutes les lumières extérieures en plus de la petite ampoule du perron.

Pourquoi avais-je si peur ? Je l’ignorais, pourtant ma méfiance initiale se muait peu à peu en effroi. Mes paumes étaient moites, ma respiration haletante. Avant de monter m’enfermer dans ma chambre, j’ai pris Dagda d’une main et, de l’autre, j’ai attrapé ma batte de base-ball.

Une fois assise sur mon lit, j’ai lancé un appel au secours. Cal, aide-moi. J’ai besoin de toi. Viens à moi. Mon message télépathique s’est envolé dans la nuit. Cal l’entendrait et viendrait me sauver.

Les minutes se sont écoulées sans qu’il donne le moindre signe de vie. Il n’a même pas téléphoné pour dire qu’il arrivait. Je pouvais toujours lui téléphoner, mais je savais que personne ne décrochait quand ils formaient un cercle chez lui.

N’a-t-il donc pas reçu mon message ? Pourquoi ne vient-il pas ? me suis-je demandé, paniquée.

J’ai essayé de me calmer. Mes parents allaient bientôt rentrer, et Mary K. aussi.

Alors que je m’efforçais de m’en convaincre, un mauvais pressentiment m’a alertée. J’ai déployé mes sens et scruté les environs. Et là, j’ai repéré une présence au bout du jardin. Cette intrusion m’a glacé le sang.

Je me suis approchée sans bruit de la fenêtre et, aussitôt, les lumières extérieures se sont éteintes. Qui avait pu faire ça ?

Grâce à ma vision de mage, je percevais les feuilles des buissons, l’ombre glissante d’une chouette, la croûte de glace sur notre grillage.

Et là, deux silhouettes sombres.

J’avais beau plisser les yeux pour tenter de les reconnaître, bizarrement, je ne parvenais pas à distinguer leurs visages. Peu importait : les nuages qui voilaient la lune se sont dissipés et les rayons argentés de l’astre ont illuminé une chevelure d’un blond très clair. Sky était là, et son acolyte, coiffé d’un bonnet, me paraissait trop grand pour être Bree ou Raven. Hunter. J’étais sûre que c’était lui.

Et Cal, où était-il ?

Ils se sont avancés jusqu’à la maison et ont disparu de mon champ de perception. J’ai fermé les yeux pour tenter de suivre mentalement leurs déplacements. Ils ont contourné le bâtiment, en s’arrêtant ici et là. Allaient-ils tenter d’entrer ? Ma main s’est resserrée autour de la batte. Je savais pourtant qu’elle ne me servirait pas à grand-chose contre deux sorciers. Deux sorciers de sang.

Que me voulaient-ils ? Et surtout, qu’essayaient-ils de faire ?

Bien sûr ! Ils étaient en train de jeter un sort sur la maison et sur moi. Dans son journal, Maeve expliquait que, lorsque Mackenna, sa mère, et elle lançaient des sorts, elles devaient souvent faire le tour d’une maison, d’une personne ou d’un lieu. Envelopper une chose de magye, c’est l’altérer.

Et c’était moi leur cible.

Que pouvais-je faire ? Le coup de fil anonyme, c’était sans doute eux. Ils voulaient vérifier que j’étais là. Et s’ils avaient réussi à bloquer le message que j’avais envoyé à Cal ? Il pouvait bien ne jamais venir.

Par trois fois, Hunter et Sky ont tourné autour de la maison. Je n’entendais rien, je ne voyais rien non plus, mais je percevais leur présence. Ils étaient toujours là.

Une demi-heure plus tard, ils sont partis. J’ai senti qu’ils refermaient un cercle en prononçant une ultime formule magyque. Un sort qui me visait moi tout autant que la maison. Puis une voiture a démarré avant de disparaître au loin. Les lumières du jardin se sont rallumées. Cela n’a pas suffi à me convaincre de sortir pour voir ce qu’ils avaient fait. Je préférais attendre bien sagement à l’intérieur.

Je suis redescendue, ma batte à la main, et j’ai regardé la télé jusqu’à ce que le dépanneur arrive avec Das Boot. Peu après, le bruit du moteur de la voiture de mes parents a retenti dans l’allée. Je me suis précipitée à l’étage pour les éviter. Je n’étais pas en état de prétendre que tout allait bien.

Et Cal n’est jamais venu.

 

* * *

 

— Bonjour, ma chérie, a chantonné ma mère le lendemain matin quand j’ai fait mon apparition dans la cuisine. Tu as bien dormi ?

— Hmmm, ai-je marmonné en me dirigeant droit vers le frigo.

C’était un mensonge. En vérité, je m’étais tournée et retournée toute la nuit, hantée par les images que j’avais vues dans le feu et par l’idée que Sky et son mystérieux acolyte m’avaient sans doute jeté un sort. En regardant la pendule, j’ai constaté qu’il n’était que huit heures et demie. Je voulais appeler Cal, mais cela me semblait un peu tôt, surtout pour un samedi matin.

— Alors, les filles, qu’est-ce que vous avez prévu aujourd’hui ? a lancé mon père à la cantonade tout en repliant son journal.

— Moi, une sortie shopping avec Jaycee, a annoncé Mary K., qui était toujours en pyjama. Les soldes pré-Thanksgiving ont commencé !

— Et moi, je commence les préparatifs pour demain, a répondu ma mère en m’adressant un sourire entendu. Qu’est-ce que tu veux comme gâteau, Morgan ? Un vacherin, comme d’habitude ?

Mon anniversaire, me suis-je souvenue, stupéfaite. J’avais oublié que le lendemain, c’était mon anniversaire ! Un événement que j’avais toujours attendu avec impatience… jusqu’à ce que la magye sème le chaos dans ma vie.

— Oui, ai-je répondu en parvenant à sourire. Génoise au chocolat et glace à la menthe.

— Et pour le menu ?

— Des côtes d’agneau, de la gelée de menthe, des pommes de terre sautées, des petits pois et de la salade, ai-je récité, comme tous les ans.

Le repas au moins serait le même que l’année dernière : on le prendrait en famille, chez nous. Cette idée m’a un peu réconfortée.

— Tu fais quelque chose ce soir ? m’a-t-elle ensuite demandé en évitant mon regard.

Elle savait que, le samedi, nous nous réunissions pour former un cercle.

— Oui, je vais chez Cal.

Heureusement, elle n’a pas poussé plus loin.

Après ma douche, je suis sortie dans le jardin. Je n’ai pas repéré le moindre signe de magye, ce qui, évidemment, ne voulait rien dire. Ils étaient sans doute capables de dissimuler leurs sorts. J’ai fait le tour de la maison. Pas de tags ni d’animaux morts cloués aux murs…

Le plus étrange, c’est qu’il n’y avait aucune trace de pas dans la neige. J’avais donc rêvé ? Et les images que le feu m’avait montrées, je les avais aussi imaginées ?

Impossible. Je me rappelais trop bien ces scènes chargées de bruits et d’odeurs.

Et je ne pouvais oublier l’expression de Maeve, souriante, accroupie près de sa maison, pointant le sol du doigt.

Maeve avait vécu à Meshomah Falls, à deux heures de route de Widow’s Vale. J’ai jeté un coup d’œil à ma montre. Il fallait que j’appelle Cal.

 

* * *

 

— Ta pauvre voiture ! Qu’est-ce qui s’est passé ? m’a demandé Robbie une demi-heure plus tard.

J’étais passée le prendre chez lui, car, malgré le pare-chocs tordu et un phare brisé, Das Boot roulait encore. J’avais d’abord essayé de joindre Cal, mais sa mère m’avait répondu qu’il était sorti faire des achats. Bizarrement, le simple fait de parler à Selene m’avait rassérénée. Je m’étais retenue de lui demander s’il avait reçu mon message télépathique, car ma mère était derrière moi.

Du coup, j’avais pensé à Robbie, mon lot de consolation favori pour partir en balade.

Je lui ai raconté la version de l’accident que j’avais déjà servie à mes parents. L’épisode des phares et de Bree, je ne voulais en parler qu’avec Cal.

— Heureusement que tu n’es pas blessée, a-t-il conclu en dépliant une carte routière.

Le ciel se dégageait peu à peu. Il faisait toujours froid, cependant la neige et la glace fondaient doucement. Les rues étaient détrempées, les caniveaux, gorgés d’eau.

— Essaie de trouver Meshomah Falls, lui ai-je indiqué en filant vers l’autoroute. C’est un petit bled au nord de l’Hudson, juste au-dessus du fleuve. On ne devrait pas mettre plus de deux heures et demie pour y arriver.

— Alors… a-t-il marmonné en faisant glisser son doigt sur la carte. Là ! Je l’ai. Il faut suivre l’autoroute et sortir à Hookbridge Falls.

On s’est arrêtés à la station-service pour faire le plein et acheter des trucs à grignoter. Ça m’a rappelé nos virées à trois, avec Bree. J’ai essayé de ne pas y penser pour ne pas gâcher ma bonne humeur.

— Chips ? m’a proposé Robbie en me tendant le paquet.

J’en ai pris une poignée, que je me suis fourrée dans la bouche.

— Et sinon, tu en es où avec Bree ? Tu lui as avoué tes sentiments ?

— Je comptais le faire, mais je me suis dégonflé. Je suis un gros trouillard, tu sais.

— Arrête de dire des bêtises, Robbie. Je sais que parfois ce n’est pas facile de l’aborder.

Il a haussé les épaules, peu convaincu.

— Tu sais qu’elle aussi elle me demande toujours de tes nouvelles ?

— Comment ça ?

— C’est comme toi. Tu parles tout le temps d’elle, eh bien, elle, elle parle tout le temps de toi. Même si c’est pour dire des horreurs… N’importe quel idiot se rendrait compte que tu lui manques autant qu’elle te manque.

J’ai froncé les sourcils, les yeux rivés sur la route.

Le ciel était parfaitement dégagé, à présent, plus bleu qu’il ne l’avait été depuis des semaines. Sentir les rayons du soleil sur mon visage m’a mis du baume au cœur. J’avais l’impression de partir à l’aventure.

On a roulé en silence jusqu’au panneau qui indiquait notre sortie. Robbie a replongé le nez dans la carte.

— On tourne là et on part vers l’est. On devrait arriver directement à Meshomah Falls, a-t-il finalement déclaré.

Quelques minutes plus tard, on est entrés dans le village. J’ai senti des frissons me descendre le long du dos. J’étais née ici !

J’ai suivi la rue principale en inspectant chaque bâtiment. On se serait presque cru à Widow’s Vale. C’était vraiment charmant, comme endroit, et je comprenais pourquoi Maeve et Angus avaient décidé de s’y installer. J’ai roulé au hasard et j’ai ralenti pour pouvoir regarder chaque maison en détail. Soudain, Robbie a pivoté vers moi.

— Dis, Morgan, maintenant qu’on est arrivés, tu pourrais peut-être m’expliquer ce qu’on fait là ?

Je ne savais pas par où commencer. Robbie me connaissait trop bien, il ne me croirait pas si je lui répondais que je voulais juste visiter le coin pour le plaisir.

— Je te le dirai tout à l’heure.

Problème : comment lui raconter quelque chose sans tout révéler ? Or je ne me sentais pas encore prête pour le grand saut.

— Tu es déjà venue ici ?

J’ai secoué la tête. La plupart des maisons étaient plutôt modestes. Aucune ne ressemblait vraiment à celle de ma vision. Plus on continuait vers le nord, plus elles s’espaçaient l’une de l’autre. On avait rejoint la campagne et je commençais à croire qu’on avait parcouru tout ce chemin pour rien. Comment avais-je pu m’imaginer que je pourrais reconnaître la maison de Maeve ? Et si par miracle on la retrouvait, qu’est-ce que je ferais ? Toute cette expédition était vraiment déb…

— La voilà !

J’ai écrasé la pédale de frein et Das Boot s’est arrêtée dans un horrible crissement. Robbie m’a regardée comme si j’étais devenue folle, mais je m’en fichais. La maison que j’avais vue dans le feu, la maison de ma vraie mère, se dressait juste devant mes yeux.

L'éveil
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